Santé ivoirienne : les dessous d’un secteur en pleine dérive 

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Selon Africa Blogging (26 août 2021), de nombreux établissements de santé publics se sont transformés en de véritables « centres d’affaires » où les patients doivent régler une somme avant tout soin, indépendamment de la gravité de leur état de santé. Cette pratique, répandue dans les centres communautaires, va à l’encontre de l’objectif d’accès universel aux soins pourtant défendu par le gouvernement lors de la mise en place de la Couverture Maladie Universelle (CMU) en 2014.

En 2017, le taux de mortalité maternelle s’élevait à 617 décès pour 100 000 naissances (Oxford Business Group, 2020) — l’un des plus élevés au niveau mondial. Cette situation est partiellement due aux difficultés d’accès aux soins, témoignant d’un système de santé en crise. La commercialisation généralisée des services de santé illustre la mauvaise gestion du secteur, laissant de côté les plus démunis (39,5 % de la population en 2018, INS).

Manque d’infrastructures et de personnel qualifié

Le Monde (7 juin 2021) et Africa Blogging (26 août 2021) ont tous deux souligné l’état précaire des infrastructures sanitaires, notamment dans les principaux Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) d’Abidjan : Cocody, Treichville et Yopougon. Ces hôpitaux souffrent de salles insalubres, de sous-effectifs et d’une mauvaise organisation, sans compter une formation insuffisante du personnel. En dehors de la capitale économique, les centres de santé sont souvent inexistants ou insuffisamment équipés, contraignant les populations à parcourir de longues distances pour des soins pourtant basiques.

En 2019, on ne comptait que 0,16 médecin pour 1 000 habitants (CIA World Factbook, 2019), un ratio parmi les plus faibles au monde. Malgré les promesses du gouvernement de construire 50 hôpitaux et 600 centres de santé (Oxford Business Group, 2020), les résultats concrets se font toujours attendre, aggravant le système de santé en crise.

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Un discours officiel contesté

Le gouvernement ivoirien met régulièrement en avant une « renaissance » du secteur avec la CMU et des investissements dans les infrastructures (Oxford Business Group, 2020). Or, la réalité est tout autre : la CMU, censée garantir un accès universel, ne couvre qu’une partie limitée de la population. En 2020, seuls 26,6 % des besoins de santé reproductive étaient satisfaits (GOV.UK, 2014). Les nombreux scandales de détournement de fonds (2012-2024) ont de plus révélé que l’argent dédié à la santé aurait été en partie dilapidé, tandis que les patients sont contraints de payer avant tout soin.

Un système de santé en crise

Le système de santé ivoirien est dans un état alarmant : une espérance de vie de 58 ans (la plus basse d’Afrique de l’Ouest, Oxford Business Group, 2022), un taux de mortalité infantile de 58 pour 1 000 naissances (2020) et une forte prévalence de maladies comme le paludisme (348,8 cas pour 1 000 habitants). Ces chiffres restent préoccupants pour un pays à revenu intermédiaire. Le manque d’investissements (seulement 3,3 % du PIB en 2019, CIA World Factbook) et la corruption endémique contribuent à entretenir cette crise depuis plus de 15 ans.

Scofield K


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