énonce
Le débat sur la transparence électorale en Côte d’Ivoire connaît un nouvel épisode avec la révélation, par le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), d’anomalies majeures sur la liste électorale de 2023. Au cœur de ces révélations : des centaines de milliers d’électeurs suspects, des cas d’inscriptions multiples, et un nombre inhabituellement élevé de centenaires. Ces failles pourraient, selon le parti, compromettre la crédibilité du processus électoral de 2025.
Lors de la rencontre avec le Président de la Commission Électorale Indépendante (CEI), Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, le mercredi 9 octobre 2024, à l’Assemblée nationale, les députés du PDCI-RDA n’ont pas mâché leurs mots. Leur porte-parole, Me Chrysostome Blessy, a dénoncé des dysfonctionnements qui toucheraient plus de 30 % des électeurs inscrits. Sur une liste de 8 012 424 inscrits, plus de 2 470 896 anomalies ont été identifiées, représentant un risque considérable pour la transparence des élections.
Des centenaires en nombre suspect
L’une des anomalies qui a particulièrement marqué les esprits est le nombre démesuré de centenaires inscrits sur la liste électorale. Pas moins de 4 724 personnes âgées de plus de 100 ans sont recensées. Si la présence de personnes centenaires n’est pas improbable, la proportion relevée paraît suspecte dans un pays où l’espérance de vie n’atteint que 58 ans, selon l’OMS. Pour les responsables du PDCI-RDA, cette anomalie pourrait être révélatrice de noms fictifs ou de personnes décédées encore enregistrées, remettant en question la rigueur du recensement.
Des inscriptions multiples et des électeurs « sans parents »
Le PDCI-RDA a également pointé du doigt les cas d’inscriptions multiples : 526 électeurs seraient inscrits plusieurs fois. Bien que cela ne représente que 0,02 % de la liste, l’impact sur l’intégrité du scrutin pourrait être significatif. En effet, ces doublons peuvent permettre à certains électeurs de voter plusieurs fois, ce qui fausse considérablement les résultats d’une élection.
Une autre anomalie inquiétante concerne les électeurs sans parents identifiés. Selon le PDCI-RDA, 343 666 électeurs n’ont pas de mère enregistrée et 346 448 sont sans père déclaré. Encore plus préoccupant, 355 785 électeurs n’ont ni père ni mère identifiés dans la base de données. Ce manque de données sur une proportion aussi importante d’électeurs est perçu comme une grave irrégularité, compromettant la légitimité des inscrits.
Des familles « surdimensionnées » sur la liste électorale
Les observations du PDCI-RDA ne s’arrêtent pas là. Le parti souligne l’existence de familles exceptionnellement nombreuses : 9 204 mères auraient plus de 20 enfants, et 5 501 pères seraient répertoriés comme ayant plus de 30 enfants. Ces anomalies concernent des millions de personnes et semblent peu réalistes dans un contexte sociétal et démographique comme celui de la Côte d’Ivoire. Le phénomène interroge sur la fiabilité des données collectées.
L’appel à une révision urgente de la liste électorale
Face à ces révélations, le PDCI-RDA a réclamé une révision immédiate de la liste électorale, estimant que ces anomalies, qui touchent 15 % des inscrits, menacent la transparence des élections présidentielles de 2025. Pour Me Chrysostome Blessy, la Côte d’Ivoire doit se conformer aux standards internationaux afin de garantir des élections justes et équitables.
Si ces anomalies sont confirmées, elles risquent d’alimenter le débat sur la fiabilité des préparatifs électoraux et pourraient entraîner une remise en question de la validité des élections. Pour l’heure, aucune réponse officielle n’a été donnée par le gouvernement, mais les prochains jours s’annoncent déterminants quant aux suites qui seront données à ces graves accusations.
Conclusion : des élections sous tension ?
Ces révélations jettent une ombre sur le processus électoral ivoirien à l’approche des élections présidentielles de 2025. En soulevant ces anomalies, le PDCI-RDA met en exergue les défis que le pays doit relever pour assurer un scrutin transparent et crédible. La réaction des autorités et la mise en place éventuelle de réformes seront cruciales pour rétablir la confiance dans un processus électoral déjà sous haute tension.
Grace-Gaelle