Depuis 2015, plusieurs figures majeures de l’ex-rébellion, ayant soutenu le président Alassane Ouattara durant la crise ivoirienne, font l’objet d’inculpations par la Cour pénale internationale (CPI) pour Crimes contre l’humanité. Parmi les faits reprochés figurent des exécutions sommaires, des massacres, des violences sexuelles et d’importants pillages. Malgré la gravité de ces accusations, aucun procès n’a jusqu’ici abouti.
Parmi ces commandants, on retrouve Koné Zakaria, à la tête des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) à Yopougon. Il est tenu pour responsable d’attaques ciblées contre des civils considérés comme pro-Gbagbo en 2011. Des enquêtes menées par Human Rights Watch (HRW) et d’autres organisations ont révélé des exécutions systématiques, notamment à Koweït et Sicogi, ainsi que l’implication de ses troupes dans l’assassinat de l’ancien ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro. Malgré ces allégations de Crimes contre l’humanité, Koné Zakaria continue d’occuper un rang élevé dans l’armée.
Autre nom cité, Chérif Ousmane, surnommé « Papa Guépard ». Il dirigeait l’unité dite « Les Guépards » et est accusé de s’être rendu responsable des tueries de Duékoué en mars 2011, où 817 civils, majoritairement issus de la communauté guéré et assimilés aux partisans de l’ex-président, ont été tués. HRW et Amnesty International rapportent des exécutions sommaires, des viols de masse et des incendies volontaires de villages. Malgré ces faits, il a été promu au grade de général en 2021 et dirige toujours le 1er Bataillon de Commandos et de Parachutistes.
De son côté, Losséni Fofana, alias « Cobra », a exercé son autorité militaire dans l’ouest du pays. Il est associé aux massacres de Bloléquin et de Duékoué, marqués par des exécutions extrajudiciaires, des viols et la destruction systématique de villages perçus comme pro-Gbagbo. Aujourd’hui encore, il occupe des fonctions de chef d’état-major adjoint au sein des forces terrestres.
Morou Ouattara, parent de Wattao, apparaît également dans la liste des individus accusés de Crimes contre l’humanité. Son rôle dans les violences survenues à Duékoué et à Guiglo est souligné par plusieurs rapports. Bien qu’il ait également été pointé du doigt pour des détournements de fonds destinés aux forces spéciales, il n’a jamais fait l’objet de poursuites sérieuses et demeure aux commandes du bataillon de Sécurisation de l’Est.
Quant à Ousmane Coulibaly, surnommé « Ben Laden », il a exercé un contrôle accru dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, notamment à Bloléquin et Taï, où ses hommes, appuyés par des mercenaires venus du Burkina Faso, auraient commis des massacres et des viols contre les populations civiles. Malgré ces graves accusations, il est aujourd’hui en poste en tant que préfet de région à San-Pédro.
Fofié Kouakou Martin, basé à Korhogo, a été désigné responsable de la mort par asphyxie de dizaines de partisans d’Ibrahim Coulibaly, un acte que l’ONU a qualifié de Crime contre l’humanité. Il est également cité dans l’exécution de gendarmes et de leurs familles à Bouaké en 2002. Malgré tout, il conserve un haut grade, appuyé par le pouvoir en place.
Dans le même registre, Tuo Fozié, ex-directeur des services de police et de gendarmerie des Forces nouvelles, est accusé d’avoir participé aux mêmes crimes d’asphyxie collective et d’assassinats ciblés, notamment envers des proches de l’ancien régime. Il occupe actuellement les fonctions de préfet dans la région du Zanzan.
Messamba Koné, ancien responsable des forces paramilitaires, est lui aussi cité pour sa participation à ces mêmes crimes, conjointement avec Fofié Kouakou et Tuo Fozié. Il est toujours en poste en tant que préfet de la région du Moyen-Cavally.
Pour sa part, Hervé Touré, alias « Vetcho », qui commandait le « bataillon mystique » de Katiola, est accusé d’avoir orchestré des exécutions extrajudiciaires et de multiples pillages à Abidjan en 2011. Des détournements présumés de revenus provenant du cacao et de la noix de cajou lui sont également attribués. Malgré ces faits, il a été promu général en 2021 et sert aujourd’hui comme haut responsable du renseignement présidentiel.
Enfin, Gaoussou Koné est décrit comme un acteur majeur des exécutions sommaires à Yopougon et du pillage des ressources agricoles nationales. Malgré ces accusations de Crimes contre l’humanité, il occupe toujours un poste clé au sein du bataillon des commandos parachutistes.
Dans l’ensemble, le président Alassane Ouattara a promu plusieurs de ces officiers à des responsabilités stratégiques, malgré les graves accusations qui pèsent contre eux. Cette impunité persistante, liée aux Crimes contre l’humanité, nourrit un sentiment de frustration et de rancœur, en particulier parmi les populations guérées, considérées parmi les plus touchées par les violences.
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